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Les fondements naturels et anthropiques

Les paysages et l'eau douce

Les paysages et l’eau douce : cartographie - Agence Folléa‑Gautier © 2023

La valeur paysagère des ravines et de l’eau douce

La ravine, une invitation à la promenade dans un havre de fraîcheur.
Morphologiquement, les 750 ravines de l’île sont plutôt un facteur d’unité entre les paysages des pentes de l’île : on les trouve partout. Il n’y a guère que les flancs jeunes du volcan actif de la Fournaise, entre Sainte-Rose et Saint-Philippe, qui n’apparaissent pas scarifiés par les profonds sillons des ravines. Même sans eau (il n’y a qu’une vingtaine de ravines en eau permanente), elles composent parmi les paysages les plus précieux de l’île : profondeur des gorges, fraîcheur, ombrage, chaos rocheux, végétation arborée, s’ajoutent à leur valeur écologique de refuge d’espèces végétales et animales rares et menacées.
Carte postale ancienne. Cascade du Cormoran à Saint-Gilles (aujourd’hui bassin des Aigrettes). AD 5FI20-136
La ravine Saint-Gilles au cœur de la station balnéaire : un parc naturel urbain.
La rivière Sainte-Suzanne, rare paysage de rivière calme à La Réunion.
Des embouchures de ravines soigneusement aménagées pour la pêche aux bichiques. Ici la rivière des Roches en 2022 (Observatoire photographique des paysages).
L’eau douce des ravines, toujours merveilleusement attractive. Ici baignade à la rivière Langevin.

Cette valeur est d’autant plus grande que, débouchant par définition sur le littoral, les ravines offrent leurs espaces de nature au cœur des secteurs les plus densément habités de l’île : c’est ainsi qu’elles deviennent de véritables jardins naturels accessibles aux habitants, dont la valeur est souvent renforcée lorsqu’elles sont cultivées à proximité de leur embouchure.

L’accessibilité des embouchures de ravines et leur qualité paysagère et écologique apparaissent ainsi comme un enjeu fort de l’aménagement qualitatif du littoral. S’y ajoute l’importance des préservations et des qualités des vues sur ces ravines depuis le littoral.

Plus haut sur les pentes, les ravines creusées en gorges deviennent peu accessibles, et finalement discrètes malgré leurs dimensions parfois spectaculaires, en étant cachées en creux. Ce sont les forêts linéaires qui accompagnent leurs abords, qui peuvent permettre de mieux les préserver et les mettre en valeur, en jouant le rôle d’espaces-tampons protecteurs.

Pique-nique au Bassin la Paix.
Cascade de la Grande Ravine à Grand Galet (rivière Langevin).
Le Voile de la Mariée, Salazie.

La présence permanente de l’eau douce dans les ravines, rare sur l’ensemble de La Réunion, contribue à différencier les paysages de l’est et du sud, de ceux de l’ouest. Si l’ouest a les plages, l’est a l’eau douce. Or l’eau douce est un puissant facteur d’attraction des paysages ; les Réunionnais apprécient les pique-niques, les bains, la pêche dans l’ambiance fraîche des ravines. La crise requin qui affecte la baignade en eau de mer depuis 2011 a renforcé l’attractivité de l’eau douce. Avec le développement des sports d’eau vive, les rivières sont devenues également attractives pour les loisirs et le tourisme sportifs : canyoning, rafting, escalade.

Trou blanc, Fleur jaune, Bras rouge, rivières des Roches, Sainte-Suzanne, ravine Grand-mère, ravine Blanche, Takamaka, le Trou de Fer, …, sont quelques noms de descentes mythiques locales.

Plus ingrates sont les trois rivières exutoires des cirques à leur débouché sur la plaine littorale : le lit majeur dessine de vastes lits de galets, secs et déserts, sur plusieurs centaines de mètres de large, alors que le lit mineur, en période d’étiage, se réduit à un mince filet d’eau. Les dispositions de maîtrise des crues contribuent à l’artificialisation de leur paysage par endiguement et remaniement des lits au bulldozer.

La rareté des lacs et étangs

L’étang du Gol.
Les reliefs puissants de La Réunion laissent peu de place à des plaines où pourraient se développer des lacs et des zones humides. Il faut l’action des courants marins dressant des cordons littoraux pour que les eaux soient bloquées dans leur course à l’océan, jusqu’à former des étangs : l’étang de Saint-Paul, l’étang du Gol, l’étang de Bois Rouge, l’étang de Cambuston, chacun proche des cônes de déjection des trois cirques sur le littoral. L’importance des apports d’alluvions, aggravée par le déboisement et la minéralisation croissante des sols à l’amont, rend ces étangs fragiles, largement atterris, où l’eau libre reste peu présente visuellement dans le paysage. La survie de ces précieuses zones humides, sources de richesse biologique et de diversité paysagère, dépend de l’efficacité de leur gestion, au-delà de leur protection.
Quelques reliefs particuliers ont réussi néanmoins à bloquer l’eau de pluie en petits lacs :
Cilaos, La Mare à Joncs.

La gestion de l’eau et les paysages

Travaux d’irrigation vers Grande Ravine en 2005.
Champs de canne nouvellement irrigués dans les années 2000 sur les pentes de l’Ermitage, soulignés par les andains de pierres de basalte.
À La Réunion, la gestion de l’eau s’avère délicate du fait d’une répartition naturelle très irrégulière, dans l’espace comme dans le temps :

Cette inégale répartition des précipitations dans l’île a entraîné, depuis le XVIIIe siècle, des travaux hydrauliques pour corriger les déséquilibres. Avec l’ère du sucre, des canaux d’irrigation gravitaires ont été créés : dérivation de la ravine à Marquet à La Possession en 1797, dérivation de la rivière Saint-Etienne en 1816, creusement du canal Lemarchand à Savanna en 1829, dérivation de la rivière du Mât en 1860, pour l’irrigation de la plaine du Champ Borne, qui devenait maraîchère. Les plus connus de ces canaux sont ceux de la ravine Saint-Gilles, qui ont un temps été parcourables à pied de façon ludique pour rejoindre les bassins (Bassin des Aigrettes, Bassin Malheur, Bassin Bleu), tantôt suspendus en bord de falaise, tantôt creusés en tunnels.

Les anciens canaux constituent aujourd’hui de discrètes traces dans le paysage, peu remises en valeur malgré la qualité des réalisations et les parcours confortables, quasi-horizontaux, qu’ils offrent. Certains de ces canaux ont été réhabilités ces dernières années et valorisés dans le cadre de parcours de randonnées : canal Prune et canal Bottard (ce dernier protégé sur le plan patrimonial).

À partir des années 1960-1970, l’irrigation devient majeure dans la politique agricole. Elle s’opère désormais par des canalisations enterrées. Ce sont moins les ouvrages qui marquent le paysage que les effets même de l’irrigation, capable de transformer des pans entiers de territoires, grâce à de grands périmètres à vocation régionale : Bras de la Plaine 5 500 ha, Champ-Borne 1 800 ha, Bras de Cilaos 3 400 ha.

Les travaux d’irrigation de l’ouest, en avril 2005.

Récemment, c’est l’Ouest qui a vécu une profonde transformation de ses paysages avec l’irrigation des terres des mi-pentes et des bas. Les étendues sèches de savane plus ou moins arbustives ont peu à peu cédé la place aux vertes étendues de canne à sucre au fur et à mesure que le Conseil Général, avec des financements européens, a mis en œuvre l’ambitieux projet ILO (irrigation du littoral ouest) de transfert des eaux.

Désormais, c’est le projet MEREN (Mobilisation de Ressources en Eau des micros-régions Est et Nord), vise à irriguer les terres de l’Est pour participer au développement agricole et urbain de ce secteur de l’île.

Aux ravines s’ajoutent les cascades pour magnifier les paysages des remparts et contribuer au mythe de l’Eden vert diffusé par les cartes postales, guides et livres touristiques. C’est notamment vrai pour le cirque de Salazie et son entrée par la RD 48 : rocher du Pisse-en-l’air, cascade du Bras de Caverne, cascade du Voile de la Mariée, auxquels s’ajoute le Trou de Fer. Même si elles ne sont pas permanentes, les cascades blanches tombant des remparts noirs de basalte ou verts de végétation contribuent de façon essentielle à la valeur et à la singularité remarquables des paysages de La Réunion en offrant des sites spectaculaires ou pittoresques, des lieux de fraîcheur ou de baignade, des espaces de sport pour le canyoning.
Cascade de Bassin La Paix.
Cascade Niagara, Sainte-Suzanne.
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